L’Iran traverse une séquence institutionnelle majeure après l’activation de l’article 111 de sa Constitution, un mécanisme rarement utilisé qui prévoit l’organisation du pouvoir en cas de vacance ou d’empêchement du Guide suprême. Pour la première fois depuis plus de trois décennies, une direction intérimaire est mise en place au sommet de l’État.
Au centre de cette nouvelle configuration : l’ayatollah Alireza Arafi, 67 ans, figure religieuse influente mais relativement méconnue du grand public international. Conformément à la Constitution iranienne, un conseil de direction composé de trois personnalités assume temporairement les prérogatives du Guide suprême. Il réunit : Alireza Arafi, le président iranien Masoud Pezeshkian, le chef du pouvoir judiciaire, Gholam-Hossein Mohseni-Eje’i. Cette instance collégiale exercera l’autorité suprême jusqu’à ce que l’Assemblée des experts désigne un nouveau Guide suprême permanent pour succéder à Ali Khamenei.
Si la direction est officiellement partagée, c’est surtout le nom d’Alireza Arafi qui retient l’attention des observateurs. Né en 1959 à Meybod, il est issu d’un milieu religieux étroitement lié à la révolution islamique. Très jeune, il est envoyé à Qom, haut lieu du clergé chiite, pour y suivre une formation théologique approfondie. Sa trajectoire prend un tournant décisif lorsqu’à 33 ans, il est désigné imam de la prière du vendredi par Ali Khamenei lui-même — un signe manifeste de confiance politique et religieuse.
Au fil des années, Arafi a occupé plusieurs fonctions stratégiques simultanément :
Directeur du réseau national des séminaires religieux, Membre du Conseil des gardiens, chargé de valider les lois et les candidatures électorales,
Membre de l’Assemblée des experts, l’organe habilité à désigner — ou démettre — le Guide suprême. Cette position est singulière : l’homme qui exerce aujourd’hui les fonctions suprêmes par intérim participait déjà au processus de désignation du Guide.
Un religieux au profil international Polyglotte, parlant couramment l’anglais et l’arabe, Arafi a également cultivé une dimension diplomatique. Il a notamment rencontré Pope Francis au Vatican en 2022. Il s’est aussi montré favorable à l’intégration des nouvelles technologies, plaidant pour l’utilisation de l’intelligence artificielle comme outil d’influence et de rayonnement idéologique. L’agence Reuters le décrit comme un « loyaliste » bénéficiant de la confiance totale du régime. Il est également perçu favorablement par le Corps des gardiens de la révolution islamique, pilier sécuritaire de la République islamique.
Une succession encore ouverte depuis plusieurs années, certains analystes le citaient parmi les successeurs potentiels d’Ali Khamenei. Aujourd’hui, il occupe de facto cette position — du moins temporairement. La question demeure toutefois entière : l’Assemblée des experts confirmera-t-elle cette dynamique en le désignant officiellement Guide suprême ? Ou une autre figure émergera-t-elle dans les prochaines semaines ?
L’Iran entre ainsi dans une phase politique déterminante, dont l’issue pourrait redéfinir l’équilibre interne du pouvoir et l’orientation stratégique du pays.
JP KANYIKI