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RDC/ »Salongo: La cause principale de l’insalubrité à Kinshasa et dans toutes les villes du pays

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Pareil titre peut étonner d’emblée le lecteur, pour le convaincre après développement et conclusion! Surtout quand notre motivation trouve son compte dans cette sagesse: « Le passé est un lieu de référence, et non de résidence ! »

Comment le phénomène Salongo peut-il être la cause principale de l’état insalubre criant à Kinshasa ainsi que dans toutes les villes du pays?

Il serait avantageux que l’on puisse brièvement parler de l’origine de ce phénomène dit Salongo!

D’entrée de jeu déjà, nous pouvons dire que le service civil obligatoire dit Salongo était une preuve patente du désengagement éhonté des autorités compétentes dans leurs responsabilités en matière de l’assainissement de notre pays! C’est ce que nous tâcherons de démontrer dans les lignes qui suivent !

Les gens croyaient que le Salongo était un acte d’assainissement communautaire, alors qu’il a poussé les Kongolais à détruire leur environnement! Pourquoi ? Parce que les autorités en charge de l’assainissement des milieux n’ont pas fait ce qui devrait être fait dans le cadre de nettoyage et de l’évacuation des immondices! Comme l’évoque le ministre sortant de l’environnement, S.E. Eve BAZAIBA, dans l’émission « Dialogue avec le padre Jean-Pierre BADJOKO » (Journaliste à la Radio Vatican), du mardi, 5 mars 2024 sur Youtube! C’est d’ailleurs celle-ci qui m’a poussé à écrire cette énième tribune !
Avant de toucher à ce que le ministre sortant Mme Ève BAZAIBA a pu dire sur la voie des ondes, voyons un peu quelle est l’origine du mot « Salongo » ?

Pour la petite histoire, le phénomène Salongo remonte vers les années 1968 quand le Général MOBUTU, président fondateur avait placé cette année sous le signe du travail avec la phrase : « RETROUSSONS NOS MANCHES ».

Selon une anecdote populaire, SALONGO était un employé du port de MATADI, originaire de la tribu des ZANDÉ ou AZANDÉ, dont le zèle avait forcé l’admiration de ses compagnons qui en avaient fait une chanson: « SALONGO lele, SALONGO, ALINGA MOSALA! » Qui se traduit: « Waouh! Salongo est un fervent travailleur ou qui aime le travail ! »

Ainsi la deuxième république fera du nom de SALONGO le synonyme de TRAVAIL. Le terme fut ancré et sera utilisé dans notre culture, pour qualifier le travail, ou le nettoyage ou encore l’entretien de nos sphères de vie.
C’est en 1973 que l’état zaïrois introduit obligatoirement les travaux manuels d’intérêt collectif, connus sous le nom de SALONGO, où toute personne en bonne santé devait consacrer samedi à ces travaux communautaires axés généralement en agriculture ou en autres projets de développement! Ceux-ci consistaient à éliminer les mauvaises herbes, au balayage des rues et avenues, à l’entretien des sentiers de bicyclette, à l’évacuation des ordures, etc.
Prôné comme une tentative révolutionnaire de recouvrer les valeurs du communaliste et de la solidarité inhérentes aux sociétés traditionnelles, le Salongo avait aussi pour objectif de mobiliser la population « avec enthousiasme et sans contrainte »!

Néanmoins cette façon de faire a suscité une triste nostalgie dans le chef des Zaïrois qui y ont vu un retour au dur et forcé labeur de l’époque coloniale !
Les populations manquèrent d’enthousiasme face à cette obligation qui devait aussi paralyser beaucoup d’activités viatiques de celles-ci durant des heures, et comme c’est le cas triste aujourd’hui où la pratique du Salongo imposé dans les centres urbains, continue son bonhomme de chemin paralysant les activités lucratives des citoyens qui paient des taxes et impôts à l’état pour lutter contre l’insalubrité dans les milieux urbains ainsi que ruraux !

Ce manque d’enthousiasme ayant aussi conduit à des vives résistances de la population de l’époque, va emmener les administrateurs à fixer un barème des sanctions contre les résistants : un à six mois de prison, vers la fin des années 1970. Ce qui fit que peu de Zaïrois s’opposèrent au Salongo.

Et pourtant de telles mesures rappelaient les sévices de l’époque coloniale où la propreté, par exemple, de Léopold ville, était la priorité des dirigeants de la capitale du Congo, selon l’arrêté royal n°2 du 13 Janvier 1908 relatif à l’entretien des habitations et leurs parages. 200 francs belges étaient infligés par semaine, comme amendes aux récidivistes!

Dans la même optique de 1911 jusqu’à l’aube de l’indépendance, c’est-à-dire en 1959, des ordonnances furent prises et des amendes furent établies relatives au rejet des débris sur le long des voies routières; à la propreté aux abords des immeubles et autres bâtiments. Il y a eu aussi une série d’ordonnances portant création et organisation des services d’hygiène, de salubrité et d’assainissement public…

Il sied de souligner que ces divers textes légaux se rapportant à l’hygiène et à la salubrité, faisaient allusion dans leurs articles aux déchets dégradables comme les plastiques. Et il faut aussi noter que toutes ces lois étaient respectées à la lettre à l’époque coloniale ! Contrairement à la deuxième république où il y a eu non-respect des textes légaux et manque de mécanisme de suivi des services en la matière qui ont ouvert la voie à cette insalubrité devenue un cauchemar dans toutes les villes de la RD-Congo.
Et pourtant, les autorités zaïroises et rd-congolaises aujourd’hui qui voyagent partout dans le monde, voient comment est faite la gestion des déchets sous d’autres cieux. Elles devaient s’en inspirer, mais hélas ! Il leur suffisait juste de prendre exemple sur notre ancienne métropole, la Belgique, qui est notre modèle de l’administration publique ! Comment gérait-elle ce secteur?!?

Nos autorités, en lieu et place de créer des entreprises qui offrent le service de gestion des déchets, elles ont opté d’imposer le Salongo aux populations de différentes villes du pays au point de les intimider par les tracasseries; et pourtant les autorités se dérobent expressément de leurs responsabilités !

Tous les textes en la matière sont tombés en désuétude, parce que les autorités ne savent pas prendre en compte le boom démographique des centres urbains, ni l’urbanisation sauvage que connait la ville de Kinshasa depuis 1980.

Cet échec criant des autorités qui a rendu obsolètes les textes régissant la gestion des déchets, est facile à constater au travers la ville de Kinshasa où plusieurs « opérations d’assainissement » furent organisées: entre autres: « Salongo 17 » (sous régime Mobutu). « Kin la belle » lancée sous les gouverneurs Théophile Bemba (1997-2001) et Christophe MUZUNGU (mars-décembre 2001). « Coup de poing » sous Jean Kimbunda M. (2004-05). « Salubrité publique  » du gouverneur Kimbeimbe Mazunga (2005-06). André Kimbuta Yango (2006-11). « Opération Kinshasa ville propre » et « Kin bopeto » avec le gouverneur Gentiny Ngobila. Sous ce dernier, des moyens ont été mis en œuvre par l’Union européenne avec objectif : le nettoyage de la ville de Kinshasa. Et naguère, par l’arrêté n° SC/088 du 10 mai 2010, fut décrété « un Salongo obligatoire » chaque week-end et chaque jeudi à la ville de Lubumbashi.

Malheureusement, tous ces textes réglementant et accompagnant ces opérations d’assainissement ont accusé une défaillance totale dans leur mise en pratique!
Le cas le plus déplorable reste l’époque du gouverneur Bernardin MUNGULU DIAKA (1992-96) qui a laissé Kinshasa sombrer dans un état d’insalubrité fort remarquable, à cause de ses propos débonnaires: « BAKOMBOLAKA NDAKO YA MATANGA TE! » qui se traduit par : « On ne balaie pas une maison éprouvée (endeuillée)! » C’est-à-dire tant que le cadavre ne sera pas encore inhumé, la cour ne peut être balayée. Il faisait ainsi allusion aux tourments politiques dus au vent de la démocratisation qui secouait les institutions du pays. Pour tout couronné, B. Mungul Diaka en avait même appelé la population à la désobéissance civile.

La meilleure autopsie de cet échec patent et de ce désengagement des autorités compétentes nous est décrite par l’honorable Ève Bazaiba!

Qu’a-t-elle dit lors de sa sortie médiatique ? Elle a parlé du troisième axe parmi les dix piliers du programme du gouvernement en matière environnementale allant des gestions des forêts, de la biodiversité et des déchets qui doivent tenir compte de l’environnement et de l’assainissement.

En reconnaissant qu’elle a signé beaucoup de MOU (Mémorandum Of Understanding) ou lettre d’intention des partenaires qui sollicitent investir dans le domaine de l’énergie notamment par la transformation des déchets. Mais quand ils arrivent, ils parlent pour signer le MOU, finissent par s’éterniser en faisant le FUND RASING (mobilisation des fonds)!
(Sur ce point , moi je m’insurge à faux car je suis victime de cette situation. J’étais porteur d’un projet en 2011 avec des investisseurs sud-africains qui sont experts dans ce domaine mais les autorités de l’époque m’ont fait tour en bourrique.)

Face à un tel handicap, Hon. Eve Bazaiba trouve que la meilleure approche serait de nous prendre en charge nous-mêmes par un financement sécurisé, c’est-à-dire constitué par nos propres fonds que nous pouvons orienter selon les besoins et les urgences! Nous devons progressivement quitter l’approche des dons et des aides qui ne fait jamais développer un pays, et tendre vers un partenariat gagnant-gagnant.

Elle reconnait que la gestion des déchets est un grand défi, et pour Kinshasa et pour les autres villes du pays. Et ce défi que les autorités ont, se situe au niveau de la politique de la collecte, de l’évacuation, le transit et la transformation des déchets. Elle reconnait que cette gestion dans son ensemble, c’est une chaîne qui aurait échappé à leur (notre) éducation, car avant on avait des espaces où il suffisait seulement de creuser une fosse et d’y enfouir vos déchets. (C’est aussi cette pratique qui est à la base des plusieurs érosions). Le gouvernement doit repenser sa politique en la matière !
S’agissant de repenser, l’hon. Ève Bazaiba dit avoir présenté un plan d’actions d’assainissement d’urgence, tout en relevant que le gouvernement central n’a la responsabilité que des stratégies et de la politique en matière de gestion des déchets; alors que l’opérationnalisation relève des attributs des provinces et des municipalités ! Les municipalités ont l’appui avec les taxes, les amendes transactionnelles, la brigade quant à ce, etc. La sensibilisation à la salubrité est aussi de la responsabilité des communes!
L’hon. Ève a lancé un appel aux privés de venir investir dans la gestion des déchets qui rapporte gros, tout en leur rassurant qu’on a déjà deux grandes usines de transformation des déchets à Kinshasa. Et dans les autres provinces, on y fait aussi la transformation des bouteilles plastiques en pavé…
S’agissant du plan urgent d’action d’assainissement, l’hon. Ève Bazaiba, dit qu’avec la nouvelle mandature du chef de l’état, on mettrait l’environnement, l’assainissement au premier plan et le recours à l’expertise du génie militaire et aux engins dont il dispose… Et elle se repent de n’avoir pas songé à recourir depuis à la capacité des génies militaires. Elle promet d’entamer la même démarche dans d’autres provinces !

Dire qu’avec la nouvelle mandature du chef de l’état, l’environnement et l’assainissement seront au premier plan, est un aveu d’échec qui montre que ce secteur était relégué à l’arrière plan. Et la reconnaissance que la faille, la difficulté dans la gestion des déchets se situe au niveau des provinces et des municipalités. Le ministère de l’environnement ne disposant pas d’engins (pelles chargeuses ni bennes pour le transport des déchets), c’est déjà un problème très grave!

Et quand le ministre sortant de l’environnement après avoir proposé l’abandon progressif des aides pour des partenariats gagnant-gagnants, va encore se réjouir du gros contrat signé avec les partenaires turcs pour la gestion des déchets, cela veut dire que nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge et que c’est la suite du désengagement des autorités dans leurs responsabilités en matière environnementale.
Dans sa sortie médiatique, elle a aussi évoqué deux mesures conclues:
La première mesure étant légale, d’après elle, bientôt là sera signé un arrêté interministériel avec le ministère des finances sur les écotaxes et écoredevables.

La seconde mesure, selon l’hon. Ève Bazaiba, ministre sortant de l’environnement, on a des sites de transit, à N’djili Brasserie, 5 hectares pour les déchets solides et 10 hectares pour les déchets, les plastiques et tout le reste. On aura à procéder au tri, et là les partenaires qui voudraient s’approvisionner en déchets transformables, vont se joindre à nous là bas !
L’autre mesure, c’est justement la taxation, la mise en œuvre de l’arrêt des eaux usées, la gestion de tout le reste des déchets !
En effet, la difficulté de gestion des déchets solides, liquides, toxiques, et surtout en matière plastique, a atteint des proportions telles que les mesures prises à tous les niveaux de l’administration, se sont avérées infructueuses. Surtout quand on sait que le public, les acteurs privés formels comme informels, et les chercheurs sont tenus éloignés des sphères d’analyse et de décision !
Il suffit seulement de traverser les artères de Kinshasa pour constater les effets de nuisance des déchets en matière plastique dallés au sol de partout comme un pavement !

Si l’attention du public Kinois est focalisée sur l’insalubrité due aux ordures ménagères, il existe néanmoins une autre catégorie de déchets plus nocifs auxquels on ne fait pas souvent allusion. Il s’agit des déchets infectueux en matière plastique jetés par les services techniques médicaux tels que seringues, les trousses de transfusion et poches de sang usagées et abandonnées; les condoms et flacons en matière plastique servant d’urinoir, etc. Bien que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ait donné des méthodes et fait des recommandations aux institutions sanitaires sur le respect du mode de gestion de ces déchets infectueux, en ce concernant leur collecte, transport, stockage et leur élimination finale par incinération ! Et pourtant les décharges de Kinshasa reçoivent ces déchets infectueux au jour le jour! Voyez comme la population est exposée à une nuisance grave!
Il faut aussi souligner que les services techniques d’évacuation des déchets assurés à Kinshasa par le Programme National d’Assainissement (PNA) et l’Office de Voiries et Drainages (OVD) éprouvent des sérieuses difficultés matérielles, financières et humaines.
Sur les 5 000 m³ de déchets produits chaque jour, la capacité journalière d’évacuation des ordures par le PNA n’est hélas que de 600 m³, soit 6 %. Le reste est géré par la nature selon les statistiques données par des experts (brûlure : 5 %, enfouissement 12 %, abandon à l’air libre 52 %, rejet dans les cours d’eaux 12 %, recyclage par la lutte contre les érosions 13 %).

Dans cette ville, l’enlèvement de différents déchets et le curage des caniveaux ne sont assurés que dans certaines communes résidentielles (Gombe, Barumbu, Lingwala et Ngaliema).

À mon humble avis, l’état Kongolais doit arrêter avec cette pratique de SALONGO imposé aux populations qui sont soumises à la paie des taxes et autres impôts. La pratique de Salongo ne résout absolument rien dans la lutte contre l’insalubrité des centres urbains qui doit être permanente et mieux suivie par les services de tutelle. L’état doit se décider de prendre en charge la gestion des déchets comme tous les gouvernements responsables le font! Pour ce, il doit financer, doter de tous les moyens nécessaires les services qui s’occupent de l’évacuation des déchets, tout en envisageant la création des usines de transformation de certains déchets en certains objets de valeurs tels que les chaises plastiques, les bidons, les bassines, les tuyaux PVC d’assainissement, les bacs à ordures extérieurs, etc… Les bénéfices générés vont permettre le financement des services techniques et leur dotation de certains outils et engins. Mais aussi le recrutement des agents de ces services qui seront nombreux et déployés selon un certain honoraire dans toutes les communes. Et ces gens, l’état peut les recruter parmi ceux qui sont déjà habitués à faire du porte à porte dans les rues et avenues, avec leurs charriots pour évacuer les déchets ménagers. Donc par une bonne organisation, on peut offrir de l’emploi aux cantonniers… Le Salongo est non seulement un handicap pour le petit peuple dans sa quête du pain quotidien, mais aussi un signe d’irresponsabilité dans le chef des autorités chargées de la gestion de la salubrité des communes: l’entretien est mal fait et vite fait, et des fois non fait parce qu’il y a des agents véreux qui extorquent un peu de sous à ceux qui refusent cette pratique néo-colonialiste. Et là où l’argent circule frauduleusement, il n’y a pas du sérieux dans le service!
Si et seulement si la RDC veut être le pays solution au réchauffement climatique, elle doit d’abord maîtriser la gestion des déchets et de l’assainissement urbain .

Par l’activiste , penseur et notable de Madimba, Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé.

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