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Ebola en RDC : « La confiance reste notre premier vaccin collectif »

Entretien avec Daniel Tshiabola, spécialiste en communication des risques et engagement communautaire

Alors que la République démocratique du Congo fait face à une nouvelle résurgence de la maladie à virus Ebola, les dispositifs de surveillance épidémiologique, de prise en charge et de prévention sont activés. Les chiffres évoluent, les équipes s’ajustent, et les communautés observent.

Mais au-delà des indicateurs : cas suspects, cas confirmés, décès, une autre dynamique, moins visible mais déterminante, influence fortement la trajectoire de l’épidémie : la communication.

Nous avons échangé avec Daniel Tshiabola, spécialiste en communication des risques et engagement communautaire.

Journaliste :

Lors d’une épidémie comme Ebola, pourquoi la communication est-elle aussi importante que les interventions médicales ?

Daniel Tshiabola :

Parce qu’une réponse sanitaire repose sur un équilibre entre la science et le comportement humain.

Les équipes peuvent identifier les cas suspects, confirmer les cas, assurer la prise en charge. Mais entre ces étapes, il y a un facteur décisif : la réaction des communautés.

Si les populations ne signalent pas rapidement les cas suspects, si elles hésitent à consulter, ou si elles contestent les décès et les procédures sécurisées d’inhumation, la chaîne de transmission peut s’amplifier malgré les efforts médicaux.

La communication devient donc un instrument de santé publique à part entière.

Journaliste :

Quels sont les principes clés de la Communication des Risques et de l’Engagement Communautaire (CREC) dans un contexte Ebola ?

Daniel Tshiabola :

On peut structurer la CREC autour de cinq principes essentiels.

Le premier est la rapidité.

Dans une épidémie, chaque jour compte. Dès l’apparition de cas suspects ou l’augmentation des alertes communautaires, il faut communiquer sans attendre. Le vide informationnel est rapidement occupé par les rumeurs, ce qui peut retarder la notification des cas et compliquer la surveillance à base communautaire.

Journaliste :

La rapidité suffit-elle à garantir une bonne adhésion des communautés ?

Daniel Tshiabola :

Non. Elle doit être complétée par la transparence.

Les populations suivent très attentivement les chiffres : nombre de cas suspects, cas confirmés, décès, guérisons. Ces données, si elles ne sont pas expliquées, peuvent être mal interprétées.

Il est donc essentiel de contextualiser les chiffres, d’expliquer leur évolution et de clarifier les définitions ( cas suspect, cas confirmés). La transparence permet de transformer les données épidémiologiques en compréhension collective, et non en source d’inquiétude ou de suspicion.

Journaliste :

Dans ce contexte marqué par des indicateurs sensibles comme les décès ou les cas confirmés, comment analysez-vous le comportement des communautés face à cette épidémie en cours ?

Daniel Tshiabola :

L’analyse doit être à la fois épidémiologique et communicationnelle.

Ce que nous observons sur le terrain, c’est que les communautés ne réagissent pas uniquement aux chiffres eux-mêmes, mais à la manière dont ces chiffres sont expliqués et vécus.

Une augmentation des cas suspects, par exemple, peut être interprétée de deux façons : soit comme une amélioration du système de surveillance, soit comme une aggravation incontrôlée de l’épidémie. Tout dépend du niveau de compréhension et de confiance.

De même, les cas confirmés et les décès ne sont pas seulement des indicateurs médicaux. Ils ont une charge émotionnelle et sociale très forte. Ils influencent directement les comportements : recherche de soins, acceptation des équipes, ou parfois, au contraire, retrait et méfiance.

Sur le plan de la communication des risques, cela signifie que nous devons constamment relier les données à leur signification concrète pour les communautés, sans alarmisme mais sans minimisation.

Journaliste :

Quel rôle joue l’écoute dans ce contexte ?

Daniel Tshiabola :

Un rôle stratégique.

Les données quantitatives nous disent ce qui se passe en termes de cas suspects, confirmés ou décès. Mais l’écoute communautaire nous dit pourquoi certaines dynamiques se produisent.

Pourquoi certains cas suspects ne sont-ils pas signalés rapidement ? Pourquoi certains décès communautaires ne sont-ils pas déclarés ? Pourquoi certaines familles hésitent-elles encore à accepter les mesures de prévention ?

Ces questions ne trouvent pas toujours leur réponse dans les tableaux épidémiologiques, mais dans les perceptions et les expériences vécues.

Journaliste :

Et la participation communautaire dans cette réponse ?

Daniel Tshiabola :

C’est le quatrième principe : la participation communautaire.

Les leaders communautaires, les cellules d’animations communautaires, les structures de base de participation communautaire et les organisations locales jouent un rôle déterminant dans la détection précoce des cas suspects et dans l’acceptation des mesures autour des cas confirmés et des décès.

Ils ne sont pas de simples relais d’information, mais des acteurs de la surveillance communautaire et de la prévention.

Journaliste :

Enfin, la redevabilité ?

Daniel Tshiabola :

C’est le cinquième principe.

Les communautés suivent les chiffres, mais elles observent aussi les actions. Elles veulent comprendre ce qui est fait face aux cas suspects, comment les cas confirmés sont pris en charge, et comment les décès sont gérés avec dignité.

La redevabilité consiste à rendre des comptes sur les décisions prises, à expliquer les choix opérationnels et à intégrer les retours des communautés dans la réponse.

Journaliste :

Quel message final souhaitez-vous adresser ?

Daniel Tshiabola :

Les indicateurs épidémiologiques : cas suspects, cas confirmés, décès, sont indispensables pour suivre une épidémie. Mais ils ne suffisent pas à eux seuls à la contrôler.

Sans confiance, sans communication rapide, sans transparence et sans engagement communautaire, ces chiffres peuvent évoluer dans le mauvais sens malgré les efforts médicaux.

La leçon des épidémies passées en RDC reste claire : dans la lutte contre Ebola, la confiance demeure notre premier vaccin collectif.

Propos recueillis auprès de Daniel Tshiabola Spécialiste en communication des risques et engagement communautaire.

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